Pour la seconde (et donc dernière) année, je vous présente mon compte rendu sur l'ENS 2013 :
J'avoue, j'ai stressé. La barre est plus haute cette année, et j'espère vraiment la sous-a. Du coup j'ai pas très très bien dormi. Enfin, c'était une épreuve que j'avais bien bossée, et globalement sans surprise : "Les espaces frontaliers sont-ils des espaces marginaux ?". J'attendais une citation, donc bonne surprise. Je pense que pas mal de gens se sont laissés avoir à confondre frontière et espace frontalier, il y avait cette difficulté dans le sujet, mais sinon ça me semble assez bateau ; on navigue dans la problématique ouverture/fermeture de la frontière, quoi.
Et c'est parti pour les petites anecdotes : je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en arrivant à la Maison des Examens. Comme ça, pour rien. J'ai évidemment mis deux plombes et demie à trouver ma table, j'ai refait trois fois toutes les allées avant de trouver mon siège. Le surveillant s'est marré (connard). Il faisait chaud à crever, mais j'étais en plein courant d'air, j'ai donc joué à la super relou qui demande de fermer la fenêtre alors qu'il fait 35° C pour ne pas attraper de pneumonie :D La fille derrière moi était très triste. Désolée poulette. Les surveillants sont beaucoup moins fun que l'an dernier : pas de bavardage à la sortie, pas de ramassage de papiers, même pour te donner des copies, ils t'engueulent à moitié. En parlant de copies, j'en ai écrit cinq. CINQ. Ok, avec des croquis, mais CINQ, quoi. Soit près de 20 pages... Glups. La carte était imprimée sur un timbre poste. Je l'ai regardée (elle m'a regardée, je l'ai regardée), et j'ai refermé la copie en riant. Non, pas de carte cette année. A un moment, la fille derrière a mangé des pistaches, et j'ai écouté le bruit de ses dents en faisant un croquis. Du coup j'ai marqué "dent" au lieu de "frontière" sur ma légende. Juste au cas où vous n'auriez pas encore compris que la khâgne rend fou. J'ai cité des auteurs/articles/bouquins toutes les trois lignes environ. J'ai écrit tellement vite parce que j'avais peur de pas avoir le temps de relire que j'ai fini 15 min en avance. Du coup j'ai pas relu.
P.S : le blog est rouvert au public pour la durée du concours. Comme d'hab', si vous voulez continuer à me suivre, envoyez-moi un mail.
Jour 2 : épreuve d'Histoire
J'ai passé le trajet à réviser avec des potes, histoire de se rassurer mutuellement. Dans ma tête, je répétais "lescivilsetlaguerre" très très vite dans l'espoir que ça se réalise. Evidemment, c'était raté, mais on était bien loin de ce que je redoutais, puisqu'on a eu
Les Français et leur armée de 1851 à 1945. Ouuuf. C'est large, mais assez resserré pour que ce ne soit pas hypeeeer bateau. En plus, j'ai réussi à lire le sujet à travers la feuille retournée (victoire personnelle). Bon, j'étais dans une nouvelle salle, ce qui implique une nouvelle galère pour trouver sa place, ce qui n'a pas manqué. J'ai trouvé mon plan en 10 min, mes idées en 30, mais j'avais la flemme d'organiser mes idées dans mon plan, alors j'ai glandé. Et je me suis laissée hypnotiser par les cookies chunk de mon voisin de devant. Il faut vraiment que je trouve quelque chose de plus consistant niveau pique nique. J'ai fait exprès de commencer à écrire cette chronique pour me forcer à ne pas rédiger à l'arrache sans plan comme j'en avais envie, ce qui a donné lieu à un charmant dialogue intérieur :
"Merde Sarah, souviens-toi que tu veux la sous-a ! Fais les trucs correctement un peu !
- La sous-a ? Avec ce plan ? HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA. Non.
- Allez, un p'tit effort. Tu mets tes idées en ordre, au moins. J'te laisse improviser ton intro si tu veux (même si c'est mal).
- Bon, bon. Allez, c'parti. Mais d'abord j'écris ma note de blog."
Et c'est ce que j'ai fait. Du coup j'ai fait peur à ma voisine, qui n'arrêtait pas de me reluquer en flippant de me voir gratter autant, alors que j'écrivais bêtement les conneries que vous lisez présentement. Elle devait se dire que j'étais une tarrée, peut-être même une meuf d'Henri IV (horreur et damnation). Hihihi. Vers midi et demi, une fille est allée aux toilettes pieds nus, en souriant. Juste au cas où vous n'auriez pas capté que la prépa rend cinglé. Nouvelle salle, ça veut aussi dire nouveaux surveillants. Celui qui m'a rendu ma convoc' m'a dit, avec un air très sérieux :
"Bon, vous gardez votre convocation, hein ?
- Euh, oui, d'accord (mais j'attire vraiment les chelous ou quoi ?)
- Non mais gardez-là bien, d'accord ?
- Oui, oui, promis (Ok, celui-là a un vrai problème je crois)"
Et à la sortie de la salle, le même bonhomme chenu :
"Ah ! Montrez-moi votre convocation pour sortir !
- Tenez. (Il est malade ce type, je suis au 6e étage, il croit que j'ai escaladé la façade pour m'infiltrer dans la salle
, tout ça pour faire une disserte d'histoire ??)
- Parfais, vous pouvez partir
*puis, en gardant ma convoc' dans les mains, et me regardant l'air insistant* Vous revenez demain, hein ? (
Encore ? Sérieux, y a un problème avec ces surveillants qui ont l'air de me demander mon 06...)"
Bref, une épreuve moins terrible que ce que je pensais, et je me sens moins épuisée qu'hier. Comme épreuve difficile, il y a toujours la philo, mais je suis étonnamment enthousiaste. Même la litté ne me fait pas peur.
Jour 3 : épreuve de Littérature
Enthousiasme jusqu'à mon arrivée à Arcueil, jusqu'à l'ultime moment où on a pu retourner les sujets. J'avais réussi à lire "Bakhtine" à l'envers de ma feuille, et justement, j'ai passé la soirée là dessus hier, donc graaaaaaand sourire, explosion de joie, toussa toussa. Et puis, quand même, j'ai lu le sujet. Et d'un coup ma joie est un poil retombée.
"Dans le roman se réalise la reconnaissance de son propre langage dans un langage étranger, la reconnaissance, dans la vision du monde d'autrui, de sa propre vision. Dans le roman s'opère une traduction idéologique du langage d'autrui, le dépassement de son 'étrangeté', qui n'est que fortuite, extérieure et apparente." Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Gallimard, 1987, p.182. J'ai eu du mal à me concentrer, très franchement. J'ai pondu l'accroche la plus minable de ma vie (à tel point que je ne m'en souviens plus), rédigée sans plan d'intro parce que j'étais trop à la bourre. Le voisin de devant avait des pims au lieu d'avoir des cookies. J'aime les pim's. Surtout en concours. J'me suis aussi dit qu'avec la chaleur qu'il fait, il allait mettre du chocolat paaartout sur ses copies. Niark niark niark. J'ai prié pour une disserte sur le roman et le romanesque, et du coup j'ai fait une disserte sur le roman et le romanesque. J'espère vraimentvraiment ne pas être hors sujet. 4 copies blanches, 5-6 départs prématurés, bref, on revient à des effectifs normaux de gens qui partent quand c'est trop chiant. Ouf, j'ai bien cru que je passais le concours avec des aliens tellement tout le monde restait 6h et tout. Hors du concours, je m'habitue au bol de pâtes au fromage de 16h30, et je m'abrutie de téléréalité à la con pour compenser le concours.
Et demain, réjouissance extrème, c'est philo !
Jour 4 : épreuve de Philosophie
Donc oui, Anaïs, tu as raison : aujourd'hui, c'était l'épreuve de la mort. Mais commençons par le commencement : puisque cette année, j'ai décidé de bosser pendant les épreuves (oui, vous pouvez m'applaudir), j'ai replannifié mon moment de décorticage des futures recrues de l'ENS au matin, puisque je me retrouve toujours à glander devant mes feuilles bien remplies, en attendant que la grognasse du haut parleur nous ai souhaité "bon courage et bonneuh chance". Ce matin, j'ai juste remarqué combien pleins de candidates étaient vraiment jolies, et que c'est pas juste d'être vraiment belle et intelligente. Mai-heu. Ceci dit, ça ne m'a pas préoccupé bien longtemps puisque les surveillants ont distribué les sujets... Et se sont fait engueuler par le chef de salle parce qu'ils étaient trop lents. Celui qui était près de moi a dit "Oh ça va, hein ! Moi déjà j'avais dit que je voulais pas le faire". Retenez bien ce petit sacripant, car je vais en reparler. Nous l'appellerons Grincheux. Je finis par regarder au travers de ma feuille. Un mot : gagné, c'est un concept ! Malheureusement, j'arrive à lire le mot :
La cause. Un fou rire nerveux s'échappe de tous les candidats à la découverte sujet. Ca a quelque chose de rassurant, on est tous dans la merde. Et moi, je suis contente de ne pas avoir pu réviser correctement hier soir. Je me lance. Etonnamment, j'ai mon plan en 40 min... Et il me plait ! A 11h, il y a 5 copies blanches. Vu le sujet je m'attendais à pire. Pendant ce temps, je rédige mon intro (vengeance d'hier : j'ai ouvert sur Proust, mouahaha), et je décide que ce sera une jolie copie. Donc je prends mon temps pour écrire. Vers midi et la fin de mon I) je décide d'emmerder mes voisins avec mes pois au wasabi qui font crounch crounch. Je me sens diabolique, sans en savoir la cause (oui, oui, je sors...). Vers la fin de ma copie, Grincheux repasse pour la 15e fois devant ma table en poussant un soupir déchirant (on dirait Lamartine). Ca va mon gars, on a compris que ça te saoulait d'être ici, et que 6h c'est long. Guess what ? C'est long et chiant pour nous aussi, sauf que toi tu as le droit d'aller faire des pauses clopes/café et de discuter en fond de salle. D'ailleurs, un jour je tuerai ces surveillants qui parlent à voix haute en bout de salle alors qu'on essaye de se concentrer. Promisjuré.
Et puis, dans la série "j'attire-les-gens-chelou": en rentrant, en pleine côte (ce qui implique qu'en plus de 5h de disserte, j'avais fait 2h de transport dans la journée, sous le soleil, et donc que je ne ressemblait à rien), un mec me voit, se met à chanter, et me fait "Ah ! C'est merveilleux ce soleil !" et je réponds "oui oui", en reprenant mon souffle et en esquissant un vague sourire. Il a donc crié sur 50m que j'étais un oiseau de paradis, en boucle, comme un disque rayé, pendant que je m'éloignais, épuisée, en sueur, et sans comprendre...
Demain, anglais, donc je vais
enfin pouvoir réviser en glandant devant une série/un film en VO. A l'heure où je vous parle, je suis devant
The Hobbit.
Jour 5 : épreuve d'Anglais
J'ai croisé des carrés dans le métro qui angoissaient pour leur épreuve de musicologie de lundi. Ca m'a rappelé que moi, je n'avais rien à réviser, pour lundi. Hihihi. Arrivée en A6, on est tous un peu mous. Fin de semaine, épuisement, perspective peu ravissante de 6h d'épreuve qui nous séparent du week end. La nana qui tonne les instructions chaque jour (numéroter ses pages, ne
jamais remplir ce malheureux deuxième cartouche, ne pas faire pipi pendant une heure et autres joyeusetés) est à peu près aussi blasée que nous. Elle saute des instructions, bafouilles, et finalement se permet une blagounette "Bonne chance à tous et particulièrement aux troyens". Ah. Dis donc poulette, t'as eu un gage à la dernière soirée buvette ? Devant un humour pareil, vous imaginez bien qu'on était tous écroulés.
Revenons à nos moutons. Enfin à nos tracteurs, si on en crois
Steinbeck, et son splendide
Grapes of Wrath de 1939. J'ai commencé par la version, bien entendu, et j'ai eu envie de m'arracher les cheveux au bout de trois minutes. Du coup j'ai feuilleté les autres sujets de langues, et j'ai réussi à déchiffré le texte de russe. Et j'ai eu envie d'être russe (enfin au moins de parler cette langue) : ils ont eu
Anna Karénine. Grmblbl. Je retourne à mes Raisins, pour boucler ma version (traduite n'importe comment) et mon commentaire (au plan super, mais où j'ai tellement mal géré mon temps que je suis restée 6h pour la première fois de ma vie. Et c'était chiant).
Last but not least (pour rester dans le ton), la litté spé.
Jour 6 : épreuve de Lettres modernes
"J'ai presque fini-eu, j'ai presque fini-eu" : voilà ce que j'avais dans la tête ce matin en grimpant les sept étages de la tour A (oui, SEPT). Et puis, il a bien fallu ouvir le sujet :
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH.
Putain de saloperie de connerie d'enflure de merde. La poésie du XVIIe siècle. Et pas n'importe laquelle :
Tristan L'Hermite, Vers héroïques, "La servitude". Quand je pense que j'ai passé l'an dernier à prier pour qu'on ne tombe pas là-dessus ! Au moins on rend un grand service aux futurs khâgneux en se tappant le pire sujet possible... u_u. J'ai passé une bonne heure interloquée, à marquer des trucs sans vraiment y penser sur mon brouillon. Et puis j'ai décollé. 3, 5, 8 puis 12 copies blanches rien que dans ma salle. Effrayant. Pendant ce temps, dans ma copie, ça grattait à mort. Je me suis forcée à affronter ce
merveill euuh
splendi... Arf. Ce connard de premier paragraphe du poème qui était complètement hors sujet (j'aurais essayé d'être polie, hein). Et en fait c'est de ce premier paragraphe qu'a découlé mon plan. Pas grandiose, parce que j'avais du mal à aimer le texte comme j'ai adoré celui de l'an dernier, par exemple, mais cohérent, bien appuyé, et qui propose une hypothèse de lecture intéressante. Enfin je pense. Dans les petits détails rigolos, il y a eu la chef de salle qui a cru utile de préciser : "Bon, vous traitez bien
votre sujet, hein !". Oh, bin non, moi le texte ne me plait pas, je vais plutôt faire le thème de russe (en plus c'était
La Douleur de Duras. Beurk) !
Et pour votre plaisir (et le mien) :
Les Poufiasses du train, Le Retour :
P1 : "En fait c'est quoi une stance ?
(Tiens, justement, je me posais la question...)
P2 : Bin, c'est un genre de meuble, non ? (
Elle est sérieuse celle-là ?)
P1 : Ah meeeeeeeeeerde, moi je croyais que c'était une figure de style :/
P2 : Ah, bah tant pis, ça passera.
P1 : De toute façon, j'ai rendu copie blanche. J'ai juste attendu 5h pour faire flipper les gens autour de moi, et pour t'attendre !
(Et bin... T'as biiien dû te faire chier pendant ces cinq heures à attendre. T'as fait quoi, le sujet de philo ou la version latine ?)
P2 : Trolol ! Comment t'as trop bien faiiiiit ! Moi j'ai dessiné dans ma copie tellement je m'ennuyais... Sauf que j'ai oublié d'effacer les dessins avant de la rendre !"
(Non, mais très bien, c'est pas comme si on avait du brouillon au kilomètre, en plus ! Enfin il va être content ton correcteur, en voyant des poneys et des bites dans les marges, je suis sûre qu'il va être super jouasse !)
Voilà, fin de mon dernier passage de l'ENS. Arcueil, on se verra pour le CAPES et l'Agreg', en attendant : VACANCES !