Un des sujets préférés de disserte des prof de français au lycée, consiste à demander si "le théâtre doit être lu ou vu". Question quasiment rhétorique. Pour moi, le plus intéressant serait de (se) demander si la poésie doit être lue ou écoutée.
Nous évoluons dans un système éducatif où la seule approche que nous avons de la poésie (j'exclue la chanson) se fait par nos cours de français. La meilleure façon de l'aborder se fait du CP à la 5e, approximativement ; c'est quand on les apprend. Le seul moyen de s'approprier un poème, c'est de l'avoir en bouche. Malheureusement, par les nécessités du programme, et les classes de plus en plus nombreuses qui ne permettent plus de faire passer les élèves individuellement en récitation, l'apprentissage de poèmes passe bien vite au second plan. Triste destin pour la schola grecque, maîtresse de l'apprentissage par coeur.
Et si, au lieu d'avoir les derniers hits dans nos I pod, nous avions des recueils de poèmes que nous ressasserions comme nous le faisons avec nos chansons préférées ?
"J'me fais du Lamartine H24 en ce moment"
"Tu déconnes ?! Rien ne vaut du Aragon ; c'est chiant le romantisme !"
Les midinettes s'enverraient Le Lac en intraveineuse au lieu de ressasser la BO de Twilight. Les gothiques se shouteraient au Baudelaire, les drogués au Michaux, les déprimés au Musset, les heureux au Prévert. On apprendrait à apprécier les vers en les suçotant comme des bonbons, en les savourant comme un grand vin ; en les gardant en bouche comme en oreille. On les comprendrait chaque jour un peu mieux ; et chaque nouvelle écoute serait une découverte. On se blottirait dans la poésie à chaque émotion.
Des fois, je me dis vraiment que si la poésie avait été part de nos vies plus tôt, elle serait beaucoup moins hermétique et sans aucun doute beaucoup plus attrayante.
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire.
Je suis totalement d'accord ! D'ailleurs j'avais déjà essayé de télécharger le podcast de Romances sans paroles mais passer de la musique classique justement sans paroles à une simple voix.. C'était dur, très dur ! Mais ça n'empêche qu'il faudrait donner envie aux gens d'apprendre leurs poèmes favoris par coeur et de les déclamer quand le coeur leur en dit.
RépondreSupprimerOui, moi en désespoir de cause j'avais téléchargé Apollinaire et François Villon l'année dernière, et pareil, ça passait pas très bien. Et puis bon, poésie en ancien français où tu captes un mot sur trois, pas top non plus. J'avais tenté avec les Pensées de Pascal en terminale. Echec cuisant.
SupprimerJe suis bien d'accord. Grâce au programme de poésie du concours, j'ai quand même appris deux-trois poèmes par coeur (dont Elsa que je vous ressort tous les trois articles) que je suis heureuse de me réciter quand ça va pas, par exemple.
Je n'ai jamais réussi à aimer la poésie pour la simple raison que je ne la comprends pas ou que je l'oublie très vite. Il y a quelques poèmes que j'apprécie, mais c'est tout. Je suis d'accord avec ce que tu dis, si on avait pris l'habitude d'écouter (ou même de lire) des poèmes assez tôt, la situation serait différente aujourd'hui, c'est dommage. J'aimerais aimer la poésie, mais je n'y suis jamais parvenue.
RépondreSupprimerC'est le cas de beaucoup de monde (et le mien au passage). Moi non plus, je n'ai jamais réussi à vraiment aimer la poésie. A la supporter et à la comprendre, un peu, au bout d'une année très laborieuse où c'était le programme de concours, mais à l'aimer, je crois bien que je n'y arriverai jamais. C'est con, hein !
SupprimerTout récemment, j'ai pris plaisir à lire Les Rois Maudits à voix haute. C'est pas de la poésie, mais on apprécie la prose quand même. Et je me suis rendu compte que quand on lit, on passe parfois un peu en diagonale sur le texte.
RépondreSupprimerJe ne suis pas sûr que faire passer les élèves les un après les autres, à la chaîne, change vraiment leur rapport à la poésie : on risque de tomber quand quelque chose de mécanique. En CM2, la maîtresse nous avait dit de réciter un poème un Prévert (on était à l'école Jacques Prévert), sauf qu'on pouvait le choisir. Je trouve que c'était un bonne idée, les élèves pouvaient vraiment s'approprier le texte.
Je me souviens qu'en 3e, la poésie était passée en mode "autodictée". On apprend son texte, on l'écrit, merci et au revoir. Sauf pour ceux qui étaient volontaires, c'est à dire... les deux précoces de la classe. Faut avouer que c'est pas simple : réciter un poème, c'est quand même y mettre une grande part de soi. Pour réciter "L'isolement" de Lamartine, j'avais refusé de monter DEVANT la classe, je l'avais fait depuis ma table...
(Un jour Elsa mes vers, j'adore ;) )
Article que je trouve très... poétique justement, au sens le plus noble du terme :) Ce qui est regrettable aussi, c'est que les personnes qui enregistrent de la "littérature audio" (je pense notamment au site du même nom) ont souvent un certain âge... Il faudrait qu'il y ait davantage de voix de jeunes adultes comme nous.
RépondreSupprimerC'est gentil, merci bien :)
SupprimerOui, c'est vrai que ça ferait du bien de voir un public jeune se lancer là dedans. J'aime bien quand ce sont des acteurs (ou mieux, les auteurs du bouquin) qui lisent le livre.
Ce cher Apo, on le met où ? Perso, une intraveineuse d'Apollichou, j'adorerais ! (non ne me tue pas)
RépondreSupprimerOlala, laisse moi cuver d'un an d'Apollinaire, sweety ! En fait je l'avais mis à la place de Lamartine à la base, mais je voulais faire un truc avec le romantisme. Je ne te tue pas, c'est bien d'aimer la poésie, et Apollinaire est stylé (parfois). Mais trop c'est trop.
SupprimerJe trouve aussi qu'il serait intéressant non pas seulement que les élèves apprennent et récitent des poèmes, mais que, de temps en temps,un prof en lise un juste pour le plaisir, pour s'éloigner de l'aspect scolaire : récitation mécanique, note... et pour transmettre le plaisir de l'écoute.
RépondreSupprimerMa prof de français d'hypokhâgne avait fait du théâtre et quand elle lisait, peu importe le texte, on aurait pu l'écouter toute la journée pendus à ses lèvres et on ressortait totalement transcendés !
Oui, je suis d'accord. Je constatait juste que c'est souvent la première (et parfois la seule) approche que les enfants en ont. J'aurais beaucoup aimé que mes profs nous lisent des poèmes (et des contes, et des romans). J'ai toujours adoré les contes. Ca devait être chouette, ton hypokhâgne ! Moi, mon prof chéri d'hypo avait comme défaut (oui, il faut bien l'admettre, il en avait quelques uns) de ne pas bien savoir lire. Une lecture neutre et un peu plate. Fort dommage, surtout vu l'importance qu'il y portait.
SupprimerJ'adore la poésie depuis toute petite. Je n'en lis pas tous les quatre matins, mais je prends plaisir à ouvrir un recueil, quand ça va mal ou n'importe quand, juste quand j'en ai envie. A mon avis, il n'est pas besoin de chercher des fichiers mp3, il suffit de prendre un livre que l'on aime et le lire à voix haute pour soi, dans la rue, dans sa chambre, près d'une rivière.
RépondreSupprimerMais bon, même les romans j'aime les lire à haute voix. J'suis sans doute un peu bizarre. ^^
Quelle chance ! J'aime lire le théâtre à voix haute. La poésie aussi, mais j'en lis très peu. Oh, et quand je lis en anglais, je lis systématiquement à voix haute (pareil quand je faisais feu de l'allemand). Les romans en français, c'est un peu plus dur, je trouve. Fin on s'ésouffle au bout d'un moment quoi...
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